Marie-Madeleine voit le Réssuscité >>>
Giotto, Fra Angelico, Schongauer, Botticelli, Titien, Hans Holbein le Jeune, Le Corrège… (https://fr.wikipedia.org/wiki/Noli_me_tangere)
Si le cœur vous en dit, Wikipédia propose une liste plus exhaustive des peintres célèbres qui ont représenté ce verset de l’évangile de Jean (Jn 20, 17a) dont voilà deux traductions emblématiques :
Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones (AELF)
Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »
Bible de Jérusalem (édition 1998)
Jésus lui dit : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »
Depuis la traduction latine de l’évangile — Jean l’écrit en grec, Jérôme le met en latin —, le débat ne s’est jamais éteint : certains tiennent que le verbe « toucher » est plus adéquat et d’autres qu’il est préférable de traduire par « retenir ».
Je suis de ceux qui pensent que l’incertitude profite à la réflexion, que le doute n’enferme pas le récit.
La doxa chrétienne va plutôt pencher vers le « ne me touche pas ». Aucun peintre n’aurait envisagé Marie-Madeleine agrippant Jésus. Le corps du Ressuscité n’est plus palpable comme avant. Il faut désormais apprendre à l’aimer autrement. L’aimer dans son humanité et l’aimer dans sa divinité. Pour Jean, Marie-Madeleine est la première à en faire l’expérience.
Quelques traductions françaises actuelles de la bible (AELF, TOB par exemple) choisissent le verbe « retenir ». La toute dernière, celle de Bayard, garde « ne me touche pas », mais indique en note qu’il s’agit d’un impératif et qu’il faudrait lire « cesse de me toucher ».
Cesse de me toucher, c’est que tu me touches déjà.
Pour rappel :
- Jésus invite Thomas à le toucher, quelques versets plus tard, mais rien ne dit que Thomas s’exécute (Jean 20, 24-29).
- Marie-Madeleine n’apparaît que trois fois dans l’évangile de Jean : au pied de la croix, lorsqu’elle arrive la première au tombeau le matin de Pâques, et dans la péricope qui nous occupe, en pleurs devant le tombeau vide. Jamais, comme dans l’évangile de Matthieu, elle touche Jésus.
- Jusqu’à ce jour, et à ma connaissance, aucune représentation ne montre Marie-Madeleine retenant le Resuscité ne serait-ce que par un tout petit bout du tissu qui l’enveloppe.
Peut-on supposer que Schongauer ait vu l’œuvre de Fra Angelico ? Au fond peu importe, les deux artistes peuvent avoir éprouvé, à la lecture de ce passage de l’évangile, les mêmes émotions et composer une œuvre qui tentait de les exprimer. Impossible, en tout cas, de passer à côté des similitudes notamment la posture des corps et l’échange des regards.
Le « Ne me retiens pas ! » ou « Cesse de me toucher ! » à l’adresse de Marie-Madeleine introduit un déplacement dans la relation de Jésus avec ses proches contemporains. « Rabbouni », dit-elle en s’adressant à lui (Jean 20, 16). Jusqu’à présent, Jésus vivait avec son cercle proche, ses amis, ses disciples dont il était le maître spirituel.
Désormais, il n’est plus à quelques-uns pour être à tous.
Ceux qui ont pu le voir, mais aussi le toucher, vont devoir apprendre et transmettre que la foi, c’est croire sans voir et sans toucher. Marie-Madeleine, celle dont on peut imaginer la relation singulière qu’elle entretenait avec Jésus, devient la première à lâcher prise et croire au Ressuscité monté « vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu. » (Jean 20, 17b)
Deux pistes, afin de poursuivre la réflexion
1/ Seule ou à plusieurs : comparez les deux œuvres, celle de Fra Angelico et celle de Schongauer.
Doc 1 : Fra Angelico, Noli me tangere (vers 1440-1442). Fresque, 166 x 125 cm. Musée San Marco, Florence.
Doc 2 : Schongauer, Retable des Dominicains (autour de 1480). Huile sur sapin. Musée Unterlinden, Colmar.
2/ À plusieurs, sous forme de simulation, relevez le défi suivant :
Chaque participant, ou chaque équipe de participants, doit servir de guide au Musée Unterlinden à un groupe de touristes du troisième âge. Vous êtes à côté du retable de Martin Schongauer, lorsqu’une des personnes du groupe vous interpelle sur un des panneaux (ci-dessus) de ce retable : « Pouvez-vous nous expliquer ce que veut dire cette peinture ? »
a) En équipe, ou seul, vous avez 10 minutes pour préparer un laïus de 2 minutes afin de présenter ce chef d’œuvre du XVe siècle à l’ensemble des participants devenus les visiteurs du musée.
b) La présentation la plus pertinente, tant sur le fond que sur la forme, emporte la mise la plus élevée selon le barème suivant : de 6 points à 0 en fonction de la qualité de la prestation.
Doc 3 : 260.305 – Noli me tangere – Consignes à remettre à chaque participant au point de départ.
Doc 4 : 260.305 – Noli me tangere – Quelques indices à remettre à chacun lors de l’évaluation finale.
Doc 1

Doc 2

Version pdf (doc 1 + doc 2)
Doc 3
Doc 4









