Une porte possible pour entrer dans le monde complexe des religions
Présentation
Aborder les religions, toutes les religions, avec des adolescents est une des meilleures façons de couper à la racine la xénophobie. Mais comment ? Par quel bout les prendre ?
Trop souvent, la complexité supposée de l’approche des religions constitue un frein rédhibitoire et conduit à abandonner l’idée même d’essayer.
L’activité, proposée ici, ne cherche pas à expliquer les religions, mais à apprendre à les approcher. Elle repose sur trois convictions.
Trois convictions
1/ La première consiste à ne pas chercher à tout savoir sur telle ou telle religion. Donc, on encadre un domaine, une situation, un espace… et on s’y tient.
Exemples :
– Que disent les bouddhistes dans leurs prières ?
– Comment se déroule la fête de Pâque dans une famille juive ?
– Que dit le Coran à propos de ‘Isa ibn Maryam (que les chrétiens appellent Jésus) ?
– Où et quand perd-on la trace de l’arche d’Alliance ?
– Comment était le temple de Jérusalem au temps de Jésus ?
– Quels sont les rites lors du nouvel an du calendrier chinois ?
– Etc.
2/ La deuxième est d’éviter deux travers (un concernant le fond et l’autre la forme)
> Sur le fond : éviter de succomber à la facilité du comparatisme tout en utilisant la même grille d’analyse.
Exemples : Le lieu de culte des musulmans s’appelle une mosquée, celui des catholiques une église… C’est exact et savoir nommer les lieux de culte est une bonne chose, mais la comparaison s’arrête là. Forcer le parallélisme conduit au relativisme et au syncrétisme. Chercher l’uniformité se fait au détriment de l’intelligibilité. Gommer les différences revient à projeter sur l’autre ses propres repères.
> Sur la forme : éviter le cours magistral et toute autre forme de savoir descendant, à la limite du condescendant. Donc, il s’agit d’exploiter des démarches pédagogiques qui consistent à ce que tous les participants soient des explorateurs dignes des meilleurs Indiana Jones.
3/ Enfin, la troisième conviction consiste à ne retenir que trois informations différentes par domaine encadré afin de faciliter l’assimilation.
Trois informations dans trois dimensions distinctes pour éviter les redondances.
Exemples :
– Les fêtes, les mythes et les rites (un principe défini en son temps par le célèbre cardinal Jean Danielou (1905-1974)). Les religions, quelles qu’elles soient, se structurent autour de ces trois dimensions.
– D’autres dimensions sont encore possibles. Celles définies par Niniam Smart (1927-2001) : dimensions doctrinale, mythologique, éthique, rituelle, expérimentale, institutionnelle, matérielle.
– Sans oublier celles que vous définirez vous-mêmes.
Dispositif pédagogique
L’atelier est pensé autour de trois axes que chacun (enseignant, animateur…) adaptera selon la réalité de son terrain d’exercice.
a/ En premier lieu, le récit d’une tradition animiste afin de saisir l’importance d’identifier les dimensions retenues pour aborder telle ou telle religion.
b/ En second lieu un tableau basique où, à partir d’un domaine encadré, il s’agit de trouver pour les trois dimensions définies précédemment de quoi élargir ses connaissances dans le judaïsme, le christianisme et l’islam.
c/ En troisième lieu, un tableau vide permet d’expérimenter, de s’approprier et d’adapter la démarche.
Judaïsme
Domaine encadré : Quelle est l’origine de la fête de Pâque dans le judaïsme ?
Fêtes : Chaque année les juifs fêtent la libération des Hébreux.
Récits : Dans la Torah, il est écrit que Moïse traverse la mer Rouge avec son peuple libéré du joug des Égyptiens.
Rites : Le pain azyme (sans levain) est partagé en famille.
Christianisme
Domaine encadré : Pourquoi les catholiques vont-ils, une fois par an, à la messe avec des branchages ?
Fêtes : Le dimanche des Rameaux précède la fête de Pâques.
Récits : Jésus entre à Jérusalem. La foule l’acclame comme un roi et dépose des branchages sous ses pieds.
Rites : Lors de la messe catholique, ce jour-là, des branchages (des rameaux) sont bénis par le prêtre et glissés derrière les crucifix à la maison.
Islam
Domaine encadré : Pourquoi prier dans une mosquée ?
Fêtes : Les musulmans aiment à se retrouver le vendredi pour prier et écouter l’imam.
Récits : La prière est l’un des cinq piliers de l’islam.
Rites : Elle s’effectue alignée, épaule contre épaule, symbole de l’égalité de tous devant Dieu.
Modalités de mise en œuvre
L’atelier proposé se déroule sur deux séances (2 fois, 50 minutes environ) disjointes ou continues.
Il est pensé pour des adolescents, mais sera utile à des enfants de 10-12 ans (Cycle 3) qui s’orienteront vers des exemples plus élémentaires. Quant aux adultes, ils pourront profiter de l’exercice pour parfaire leurs connaissances en s’intéressant à des spécificités religieuses liées à des domaines encadrés (les grands moments de la vie, le culte, les dogmes, les rites de passage pour les enfants, etc.) ou en retenant d’autres aspects fondamentaux autres que les trois proposés. (voir la taxinomie de Niniam Smart ci-dessous)
Objectifs
1/ Repérer trois aspects fondamentaux de toute religion :
> Les rites
> Les mythes
> Les fêtes
2/ Vérifier la pertinence de cette approche à partir d’exemples concrets
Déroulement séance 1
Phase 1/ [tous] Raconter la première partie de l’histoire
Phase 2/ [en petit groupe] Chercher les réponses possibles à la question posée
Phase 3/ [tous] Partager les réponses
Phase 4/ [tous] Découvrir la suite et la fin de l’histoire
Déroulement séance 2
Phase 1 / [tous] Suite à la lecture, répondre aux trois questions : Qui ? Quoi ? Quand ?
Phase 2/ Appropriation (slides 15 à 20)
Phase 3/ [tous] Expérimenter la trilogie à partir de deux ou trois religions connues ?
Phase 4 / [tous] Composer un tableau avec des exemples empruntés à trois religions différentes
Documents disponibles en libre téléchargement
– Le support en vidéo (format mp4)
– Le support en diaporama (format pdf)
– Le tableau à photocopier (format word et pdf)
– Un document d’approfondissement (Les sept dimensions de la religion selon Ninian Smart)
– Quelques pistes de réflexion (ci-dessous)
Et…
Quelques pistes afin de guider la réflexion des animateurs ou des enseignants
Au cœur de cette histoire se trouve une religiosité animiste : Le soleil se lèvera-t-il demain ?
C’est en fait la seule question car le soleil est nécessaire à certains de nos besoins vitaux : manger et dormir en toute sécurité.
Au-delà de cette religiosité c’est bien la peur des hommes qui est en question : Ils ont peur de mourir, ils ont peur de ce que leur réserve l’avenir.
Si l’on considère que les hommes ont « inventé » les religions, il faut prendre le mot « inventer » dans son sens large, c’est à dire « trouver » (comme on peut être l’inventeur d’une grotte ou d’un trésor).
Tout cela ne répond pas à la question : Dieu existe-t-il ?
Peu importe, puisque cela laisse la liberté à chacun de penser que Dieu existe indépendamment des religions tout en affirmant qu’aucune religion ne peut prétendre être propriétaire de Dieu.
Chaque fois que les hommes veulent attraper Dieu, il s’échappe.
Par exemple, dans l’Évangile, lorsque le Christ ressuscite, il est là sans être là… C’est lui, mais ce n’est plus lui. L’absence-présence est la règle absolue de Dieu.
Souvenons-nous des deux doigts de Michel-Ange au plafond de la Chapelle Sixtine, ils sont proches mais ne se touchent pas. Le peintre a su retenir son élan afin de ne pas pénétrer l’ineffable. On ne touche pas le soleil.
Et si je devais répondre à la question « Qu’est-ce qu’une religion ? » Ma réponse pourrait être celle-ci : « Peut-être une tentative humaine d’habiter la distance entre ces deux doigts. »
Notre existence est une série de questions sans réponse et Dieu semble être le fédérateur, l’épicentre de toutes ces questions.
Rédaction : Pierre-Michel Gambarelli
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